Audience pénale à Alger

Publié le par Simsim

Je m'intéresse au droit, depuis que j'ai une nouvelle amie avocate. C'est très passionnant.

A Alger, elle m'a emmené Mercredi passée assister à une audience pénale plus intéressante que la première à laquelle j'ai assisté et qui a été pour moi un vrai choc : 2 jeunes étaient jugés parce qu'ils ont poignardé à mort un vieux de 70 ans à l'aide d'une arme blanche, plus précisément avec 43 coups de couteaux. Oui !!

Mobile du crime énoncé durant l'audience : récupérer l'argent du vieux, propriotaire d'un bar, réputé pour sa richesse.
Verdicte : peine de mort pour les 2 jeunes criminels, dont l'age ne dépasse pas les 25 piges, et qui n'ont pris que 1400 DA au lieu des millions qu'ils étaient partis chercher un vendredi après midi, en commettant l'irréparable.

L'avocat des deux accusés nous a dit après l'audience qu'il y avait un autre mobile au crime, mais que les 2 idiots ne l'ont pas mentionné comme c'était prévu. Il nous a promis de nous le dire, mais on l'a perdu de vue après.  

Mercredi passé, il n'y avait pas la barbarie et l'horreur qui reignait dans la salle d'audience à ma première visite.

J'apprécie mieux l'ambiance.
Dans la salle d'audience :
Les accusés se succèdent à la barre, la majorité parlent les mains derrière le dos, s'expriment en arabe dialectale avec quelques mots en français, tandis que les magistrats parlent plus souvent en arabe littéraire.

Et une affaire de vol et abus de confiance !!
L'accusé se présente à la barre, répond aux questions de la magistrate qui semble l'écouter attentivement. Il explique qu'il était associé avec un ami pour monter une affaire commerciale. Ca fonctionne pendant plusieurs mois, mais un jour, après une dispute personnelle avec son ami, celui-ci change les clefs du local commercial et continue à travailler seul et s'octroyer le bénéfice pour lui et lui seul, et ce durant 2 mois.

L'accusé dit avoir essayé de contacter à maintes reprises son ancien ami et associé, sans succès, jusqu'au jour où il découvre qu'il est convoqué et qu'on a déposé plainte contre lui pour vol et abus de confiance. Il retourne l'accusation à son ex-associé, mais passe en premier devant la justice.

La magistrate écoute pleinement l'accusé et finit même ses phrases, lui qui semble être honnête et scandalisé d'être devant un juge, risquant la peine qu'a requit le procureur général contre lui : 1 an de prison ferme.

A midi : la juge suspend l'audience, et nous la croisons en train de déjeuner dans la cantine des avocats & magistrats. Tout le monde m'appelle "oustada", me prenant pour une jeune avocate ou une stagiaire. C'est si amusant !

Il est 14h et quelques minutes : nous sommes tous de retour dans la salle d'audience depuis déjà un moment, sauf la magistrate et le parquet. On attend, et certains disent à droite et à gauche que la magistrate est occupé avec le président de la cour. Une affaire importante va passer, et l'on doit sûrement être en train d'en parler dans les coulisses.

Reprise de l'audience : toutes les affaires sont décalés, quand les prisonniers arrivent à la cour. On les auditionne ou leur rends leurs jugements, avant de revenir aux affaires des non-prisonniers.

La juge déclare qu'elle va commencer par énoncer le verdicte des prisonniers jugés la semaine passé.
On les fait entrer, et à leur vue, la salle s'émeut, leurs familles leur font des signe de la main et commentent leurs tenues. Ils ne les ont pas vu depuis quelques jours, ou semaines.  
Derrière nous, une femme bizarre dit que son fils est beau, et sa fille lui demande de se taire, puis se met à prier les mains jointes "ya rabbi ya rabbi", pour qu'on libère son frère qui semble être son jumeau. 

La majorité des prisonniers sont jeunes, et sont là pour des petits délits, des petits vols et actes de délinquance. Ils sont passés à la barre la semaine passée, et ne sont revenus que pour connaître leurs "résultats".

Les 3 ou 4 premiers sont condamnés à des amendes, et la femme derrière nous répète les paroles de la magistrate, et redis qu'ils ne retourneront plus en prison. Ils ont des sursis.
Puis on demande à son fils de se lever, et elle se met à crier, comme pour encourager son bébé. Des "chut" retentissent dans la salle et sa fille la calme. Condamné à payer une amende lui aussi + un sursis !! 

Des soupirs de soulagement et des rires de joies accompagnent les applaudissement de la mère qui est venue avec toute la tribu familiale. Encore des "chut" dans la salle !!  
Puis la tribu s'en va, et on entrend encore leur brouhaha à l'extérieurs.

Les 10 jeunes prisonniers, tous amenés pour des petits délits, n'ont tous été condamnés qu'à des amendes.  Fini la prison préventive, ils sont en sursis, et la juge leur rappelle qu'il faut profiter de leur sursis et ne pas faire de bêtise.
Amenés hors de la salle d'audience pénale, on les entends se féliciter et chanter. Ca me rappelle les résultats du BAC.

Mon amie avocate m'explique que la magistrate est maligne. Elle doit se dire que ça ne sert à rien d'envoyer ses jeunes remplir la prison, devenu une école du crime, et dont ils ne ressortiront que plus criminels et mauvais. Payer une amende, c'est plus douloureux pour ces pauvres jeunes, issus d'une couche défavorisé de la société.

Car ils ont volé des sous, et ils doivent à l'Algérie de payer une liasse de billets. Ils ne recommenceront plus, de peur d'avoir à payer encore pour leur conneries.

Les policiers amènent les prisonniers devant être jugés ce jour là.

Le premier accusé se lève, c'est un Monsieur qui semble avoir la cinquantaine ou un peu plus. Il a les cheveux gris, et porte une chemise bleu et un gilet grenas. C'est pour voir cette affaire que nous nous sommes déplacé à la cour, et tous les avocats tendent l'oreile pour écouter ce qui va se dire.
C'est une affaire qui a fait beaucoup de bruits dans le milieu des robes noires, tant il y a eu des magouilles et des tours de passe-passe dans les coulisses de la cour. 

L'accusé est en prison préventive après la cassation de son jugement, où il a été reconnu couplable du délit de chèque sans provision, de la somme -tenez vous bien- de ... 38 milliards 500 millions de centimes de DA.
Son avocat est venu plaider la libération provisoire, et dès que le procureur général commence à parler, tout le monde se tait et suit pleinement les mots qui tombent comme de grosses pierres sur la tête de l'accusé.

A mon tour de suspendre l'audience. La suite ... ce sera à mon retour de la cantine.  
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